L’accueil de jour pour SDF

Préambule

Un foyer d’accueil de jour est une association reconnue d’utilité sociale. Son rôle est d’accueillir sans discrimination des hommes et des femmes majeurs en grande difficulté, et de permettre à chaque accueilli, de trouver une place dans la société.

La charte du centre s’articule autour de trois axes :

  • La dignité
  • La solidarité
  • La citoyenneté

C’est un lieu d’abri, de convivialité et d’échange ouvert uniquement en journée. Par conséquent, les accueillis n’ont pas la possibilité de dormir dans la structure (rôle des foyers d’hébergements).

1/ Public

L’évolution de la société depuis les Trente Glorieuses (1945 – 1973) a induit une constante progression de la précarité. De ce fait, les accueils de jour ont connu une fréquentation croissante.

Hormis les personnes qui ont fait le choix de vivre dans la rue, de nouveaux profils sont apparus :

  • Des retraités
  • Des étudiants
  • Des jeunes majeurs
  • Des réfugiés politiques
  • Des travailleurs précaires
  • Des personnes récemment libérées de prison
  • Des personnes ayant des troubles du comportement
  • Des immigrants (majoritairement du Maghreb et de l’Europe de l’est)

Tolérer la présence d’animaux de compagnie dans un foyer d’accueil de jour est pertinent. Par exemple, cette tolérance n’exclut pas l’accès au foyer pour les personnes sans-abri possédant une bête.
L’animal de compagnie (le chien en majorité) pour une personne sans-abri a plusieurs fonctions : il sert de défense, de complicité, d’oreiller, de chaleur et de souffre-douleur.

Le problème des sans-abri est complexe et rarement attribuable à une seule cause. On se retrouve habituellement sans-abri par suite d’une combinaison d’échecs personnels et sociaux. La majorité des sans-abri ont perdu leurs sources personnelles de soutien (famille, milieu de travail, communauté et amis).
Rappelons que vivre dans la rue, fait resurgir l’instinct primitif et développe les cinq sens (principalement l’ouïe).

2/ Les objectifs

A. Répondre aux besoins primaires

La personne en grande précarité, SDF ou sans-abri est porteuse d’une souffrance. Son état psychique et physique est dégradé. Cet Homme est souvent alcoolisé et honteux de lui-même.
Il entre dans un foyer d’accueil de jour non pas par hasard, mais parce qu’il a sans doute faim, pas seulement de nourriture. Il franchit la porte parce qu’il est aussi en quête de réconfort, de chaleur humaine.

Le foyer d’accueil de jour lui donne la possibilité de :

  • Prendre un petit déjeuner
  • Prendre un déjeuner complet
  • Prendre une douche et de laver son linge
  • Mettre ses affaires personnelles dans un placard individuel fermé

La banque alimentaire est le distributeur de la nourriture. En fonction de la quantité, des colis alimentaires peuvent être attribués aux personnes les plus précarisées.
Une fois par trimestre, un bon de vêtement est à leur disposition. Suite à un entretien ciblant ses besoins vestimentaires, la personne se déplace dans l’association partenaire pour choisir ses vêtements.

Ces personnes ne sont pas forcément demandeuses d’hygiène. Loin du confort et privés de repères, ces individus n’ont plus le goût ni l’envie de soigner leur apparence. Il faut leur laisser du temps.

L’éducateur engage un long et difficile travail envers la personne accueillie afin de l’amener à comprendre que le « rejet » dont elle est l’objet, prend sa source dans l’odeur qu’elle dégage et l’aspect qu’elle donne de elle-même.
C’est à partir de ce constat et de quelques avancées que ce mettent en place des ateliers sur l’image de soi.

B. Créer ou restaurer le lien social

L’accueilli est systématiquement salué par toute l’équipe. Les éducatrices lui font la bise et les éducateurs lui serrent la main d’une manière fraternelle. La relation s’instaure à travers le sourire et les gestes chaleureux.
Le tutoiement de la part des éducateurs est nécessaire tout simplement parce que le vouvoiement a une connotation procédurale qui peut engendrer des freins considérables dans la construction de lien social. Appeler la personne par son prénom (voir son surnom) et non par son nom, va dans ce sens.
Créer ou restaurer le lien social de personne en voie de déshumanisation passe par l’attitude des éducateurs.

Chaque nouvel arrivant est reçu dans le cadre d’un entretien individuel. Une fiche d’accueil est réalisé le jour de son arrivée afin de connaître sa situation sociale. Les modalités de fonctionnement de la structure lui sont présentées (règlement intérieur).

Les repas équilibrés sont pris en commun et assis à une table, dans la tradition et le respect des coutumes et convictions de chacun.

Les accueillis sont sollicités pour participer à l’activité ludique de la journée (jeux de société, ping-pong, etc). Pour le travailleur social, les activités ludiques permettent de favoriser des échanges informels et spontanés et par conséquent, de créer ou de restaurer un lien social.

Des ateliers permettent d’accompagner le processus de revalorisation et de motivation des personnes accueillies :

  • Cuisine
  • Jeux de société
  • Nature et jardin
  • Atelier d’écriture
  • Exercices physiques
  • Intervention culturelle
  • Travail sur l’image de soi
  • Sensibilisation aux conséquences des conduites addictives

Le résultat du travail quotidien initié par l’équipe éducative auprès des accueillis les plus en marge pour leurs rendre un peu de dignité n’est certes pas spectaculaire. Il est cependant très réel et le signe visible d’une insertion sociale en marche.

C. Réapprendre à vivre en société

Pour une vie en communauté plus calme et un bien-être général, respecter le règlement intérieur est primordiale. Les éducateurs sont constamment en vigilance pour le respect des règles du centre (conduites addictives, trafics, discriminations, etc).

Une intervention adaptée s’opère en cas de débordement. Tout conflit est repris avec les antagonistes, des sanctions peuvent être prononcées (exclusion provisoire ou définitive du foyer par exemple). Il est nécessaire d’intervenir dès les premiers signes de violence. Lors de confrontation directe avec un membre du personnel, le passage de relais est indispensable. Dans cette situation, l’accueilli s’adresse au professionnel et non à la personne propre.
Une personne en conflit alimente sa rage avec la présence d’un « public ». Il ne reconnaît plus la personne qui est en face de lui mais « entend » en priorité les mots négatifs (ex : problème) qui rajoutent de l’huile sur le feu. Pour l’éducateur, maîtriser ses mots est aussi important que le ton utilisé. Notons que la présence d’hommes et de femmes dans l’équipe éducative est un bon modérateur.

L’encouragement à s’exprimer autrement que par les insultes et la violence permet de canaliser l’agressivité en cas de contrariété.
L’incitation à régulariser sa situation vis à vis de la justice et de ses droits civiques permet de redonner le sens de la responsabilité et de respecter ses engagements.

L’action de l’équipe éducative dans ces domaines a pour effet, à long terme, de limiter l’agressivité et la violence dans la structure elle-même, dans la rue, et en même temps de réduire le sentiment d’insécurité dans les services publiques.

D. Élaborer des projets personnalisés 

Un référent est désigné et se présente comme tel, à l’accueilli et lui explique ses missions. Souvent, le référent est l’éducateur qui a plus de lien social avec le bénéficiaire. Il constitue un dossier de suivi individuel avec des axes de travail.

Pour une personne sans domicile fixe ou sans-abri, une élection de domicile (ou domiciliation) au sein du foyer peut-être envisagée. Pour en bénéficier, il doit disposer d’une Carte Nationale d’Identité et de la CMU (ou de l’AME). La domiciliation, valable un an renouvelable, est reconnu par l’administration et permet à l’accueilli de recevoir son courrier au sein du centre. C’est la première étape pour mettre en place des droits administratifs.

Le référent construit avec l’accueilli son parcours de vie. Ils définissent ensemble :

  • Les étapes à l’intérieur de l’objectif visé
  • L’évaluation des résultats et le bilan
  • La définition de nouveau axes

Le constat de ses avancées dynamise la personne, la valorise, la motive pour franchir une étape supplémentaire.
Permettre à l’individu de se reconstruire, physiquement, moralement et de retrouver sa qualité de citoyen, est la finalité du projet pédagogique et la philosophie des foyers d’accueil de jour pour les personnes en grande précarité, SDF ou sans-abri.

E. Orienter vers les structures adéquates

Le diagnostique des problématiques s’effectue dans un premier temps lors de l’entretien d’accueil avec son recueil de renseignements (ressources, hébergement, identité, attentes, couverture sociale, raison de la venue, etc).
Il se complète avec les discussions informelles, l’étude du comportement dans le centre en général et en particulier, à travers la participation aux ateliers thématiques.

L’orientation s’effectue à la suite de la mise en commun des informations recueillies par l’équipe et de l’analyse des difficultés de l’accueilli.
Dans certains cas difficiles ou litigieux, un accompagnement physique de la personne en question vers la structure adéquate est assuré par un membre de l’équipe éducative afin d’éviter un nouvel échec dans sa démarche.

En amont, un éducateur du foyer d’accueil de jour participe à une synthèse avec le partenaire social en question. Il présente alors l’accueilli objectivement et dans la limite de ses informations. Le travailleur social détermine alors, une stratégie partenariale avec la structure de l’action sociale impliquée.

La collaboration de l’équipe éducative avec le « réseau social » contribue à une meilleure efficacité pour les bénéficiaires et les institutions. Elle apporte de la cohérence aux actions et aux démarches entreprises dans les différents domaines d’intervention : administratif, santé, justice ou autre.

 3/ Organisation

A. Les réunions

Les réunions d’équipe sont hebdomadaires et permettent :

  • D’accompagner les actions éducatives
  • D’organiser le travail de l’équipe auprès des accueillis
  • De soutenir les réflexions de l’équipe et de développer les compétences
  • D’étudier les situations complexes ou délicates (analyse, plan d’intervention)
  • D’assurer la mise en œuvre des accompagnements sociaux, en relais avec les
    différents partenaires et en garantir le suivi dans le respect du projet pédagogique
B. Les débriefings

Le débriefing intervient à la fermeture des portes du foyer et permet à l’équipe éducative de déposer ses émotions, ses ressentis, ses contrariétés de parler de l’ambiance générale et de l’équipe sans jugement ni a priori. C’est le moment de mettre en avant les points positifs de la journée afin de motiver et de stimuler l’équipe dans son action au quotidien. C’est également le temps de préparation de la journée du lendemain, la répartition des tâches et des activités.

C. Partenaires et travail en réseau

Un partenaire d’un centre d’accueil de jour est une structure qui intervient directement auprès du public accueilli, dans un domaine spécifique (ex : logement).

L’intervention en réseau se situe au croisement des pratiques : c’est une manière de travailler avec la personne, et ceux qui l’entourent, et ce qui l’entoure. Il apparaît indispensable d’introduire toutes les personnes et les dimensions qui sont en rapport avec celui qui se trouve en difficulté. Travailler en réseau signifie ne plus travailler « sur » mais « avec ». L’intervenant n’est plus l’expert qui règle les problèmes, il a un rôle de médiateur.

Avant tout, trois caractéristiques sont nécessaires :

  • Une compréhension de l’autre
  • Un intérêt commun afin d’établir des relations d’échanges
  • Une crédibilité mutuelle, une reconnaissance de compétences, une capacité d’influence

Cette notion d’échange induit que le réseau doit être entretenu (en dehors des réunions de coordination), pour développer des solidarités interactives et continuer à apporter le soutien aux personnes en grande difficulté.

Conclusion

La longue procédure pour accéder à un logement convenable pour une personne en difficulté la confine dans des habitats précaires (ex : hôtel, squat). La très grande précarité d’un abri est la principale cause du basculement dans la rue et de la rupture des droits administratifs.

Le temps d’adaptation d’une personne sans-abri intégrant un logement convenable, s’estime en multipliant par 2 son nombre d’années passée dans la rue.
Il est fréquent que pendant les premiers mois, la personne préfère dormir dehors parce que la transition est trop difficile (risque de décompensation).

L’effet induit des foyers d’accueil de jour entretien l’assistanat de personnes qui ont fait le choix de vivre avec les minima sociaux.

L’insertion sociale à travers
les foyers d’accueil de jour pour SDF,
s’arrête à la raison du Nouvel Ordre Mondial

contenu-unique

Tagués avec :

Laisser un commentaire