Communication et soins

Avant-propos

  • Cet exemple de cas concret, intervient dans le cadre de la formation Aide-Soignant(e), évaluation du module 5 : relation – communication.
  • Cet article donne un aperçu du travail attendu, ce n’est pas un modèle et ne prépare pas à la présentation orale du sujet.
  • Dans un soucis de discrétion professionnelle, la situation présentée ainsi que le patient sont fictifs.
  • La mise en forme du texte, l’intégration des sources au contenu sont écartés.

Titre

« Accompagner une personne en fin de vie, entre fuite et engagement? »

Introduction

Dans le cadre de la formation Aide-soignant(e) dispensée par l’I.F.A.S., promotion 2015 / 2016, j’ai réalisé mon deuxième stage dans un service de médecine. Les patients arrivent dans cette unité en post-urgence ne nécessitant pas de chirurgie.
J’ai travaillé, le temps de quatre semaines, avec une équipe rigoureusement fraternelle dans une consciencieuse ambiance familiale. Cet environnement a assuré ma rapide intégration au sein de professionnels. Sous la responsabilité de l’infirmier et de mon tuteur de stage, j’ai pris en charge deux patients, dont Monsieur X.
Je vais vous présenter une situation relationnelle qui m’a interpellé avec ce patient. Ce cas concret intervient sur l’accompagnement d’une personne en fin de vie et soulève une question : Comment s’établie la communication avec un patient en fin de vie ? 

Dans un premier temps, je vais vous présenter le contexte de cette situation. Ensuite, je décrirai l’événement en lui-même. Enfin, j’analyserai ma pratique professionnelle en m’appuyant sur des sources théoriques.

1. Contexte de la situation relationnelle

Monsieur X. a intégré l’unité de médecine suite à une chute à domicile. C’est un patient de cinquante ans. Il a les cheveux bruns et les yeux verts. Il mesure un mètre soixante-dix neuf et pèse soixante-quinze kilogrammes. Ce monsieur a un débit de phrase lent comprenant une douceur dans son intonation de voix. Son visage quant à lui, esquisse un léger sourire permanent véhiculé par un regard fuyant. C’est une personne qui ne sollicite pas les soignants et il a besoin d’être stimulé pour les soins d’hygiène. Il l’explique comme cela : « Je ne veux pas déranger le personnel ».
Monsieur X. fait partie des patients dont je prends en charge régulièrement. Au début de son hospitalisation, Monsieur X. était presque autonome. C’est-à-dire qu’il avait besoin d’une aide partielle au lavabo. Hors jour après jour, son état général se dégradait, il s’alimentait de moins en moins. La toilette partielle était de plus en plus fatigante pour le patient, le rythme des siestes s’accentuait. Tout cela s’est passé sur dix jours. Dans ce laps de temps, les infirmiers nous annonçaient que Monsieur X. est en fin de vie suite à une batterie d’examens médicales.

2. Evénement de la situation relationnelle

Aujourd’hui nous sommes lundi, il est sept heures du matin. J’assiste aux transmissions. Je prends connaissance qu’il y a eu une forte dégradation de son état durant le weekend. Désormais, Monsieur X. a besoin d’une interdose d’antalgique de niveau trois avant la toilette complète au lit afin de limiter les douleurs liées aux manipulations. Quinze minutes après l’administration du traitement, je me rapproche de la chambre individuelle de Monsieur. Il est neuf heures du matin.
Sa porte de chambre est fermée. Je toque et n’entend aucun son de sa voix. Au bout de dix secondes, je me permets de rentrer. Je le vois dans son lit, en position fœtale, les barrières levées. Les volets sont baissés à moitiés. La luminosité de la pièce est claire. Il est réveillé mais légèrement endormi. Il a les yeux à moitié ouvert. Je mets la présence dans la chambre. Je dis : « Bonjour Monsieur ». Il relève la tête et me répond avec celle-ci. Je me rapproche de Monsieur et lui serre la main. Je constate que celle-ci est fraîche. Je dispose la couverture qui est à ses pieds, sur son torse. Je remarque aussi qu’il a les traits du visage cernés. Tout en restant à sa proximité, je lui demande : « Comment vous sentez-vous ? » Il répond : « Je suis fatigué, j’en ai marre de tout ça ! », le visage neutre. Tout en m’asseyant sur le fauteuil afin d’être à la même hauteur que son visage, lui adresse cette interrogation : « Votre femme va venir aujourd’hui ? » d’un ton doux. Il me répond : « Oui, normalement », en esquissant un large sourire et les yeux pétillants. Je me lève brusquement et réagit avec le sourire : « Mais Monsieur, votre femme vous aime, vos enfants vous aiment, vous les aimez aussi, pensez à eux, vous devez vous battre, vous ne pouvez pas baissez les bras, allez courage ! », tout en en rapprochant de lui et en posant ma main sur son épaule. Et puis, silence de sa part hormis un soupir. Il ferme les yeux quelques secondes, se frotte le visage avec ses mains. En fronçant les sourcils, il se met droit dans le lit.
Mon tuteur de stage me rejoint dans la chambre pour réaliser en binôme le soin d’hygiène. Monsieur X. est passif lors de la toilette. Ses membres inférieurs et supérieurs sont lourds. Le soignant et moi posons des questions avec des réponses uniquement de l’ordre d’expressions du visage. Je ne sais plus quoi dire hormis les gestes que nous pratiquons. Le soin se termine dans une ambiance silencieusement froide.
Ce Monsieur décède dans l’après-midi, dans la stupeur non pas générale, mais personnelle.

3. Analyse de pratiques professionnelles

La communication est un mécanisme actif dès lors où minimum deux personnes bavardent en transmettant des informations dans un objectif précis. L’objet de l’intention peut être d’exposer des émotions ou d’engendrer de la part du récepteur un acte, une attitude, ou un comportement déterminé.
La communication s’établit au niveau du langage verbal et du non verbal.

3.1. Communication verbale

Dans cette situation relationnelle, l’accueil de ma part a été facilitateur parce que j’ai toqué puis attendu avant de rentrer dans la chambre. Je lui ai dit bonjour et serré la main. Mes types de questions étaient majoritairement fermées comme par exemple : « Votre femme va venir aujourd’hui ? », ce qui limite la verbalisation.
Un patient a besoin de mettre des mots sur sa souffrance. Pour cela, il existe des techniques de communication verbale. Les questions ouvertes ainsi que la reformulation vont dans ce sens. D’un point de vue patient, cela valide la compréhension du soignant et facilite donc l’expression des émotions.

3.2. Communication non-verbale

J’ai regardé Monsieur X. dans les yeux. Je n’ai pas utilisé le silence. J’avais un timbre de voix principalement énergique et je me suis levé soudainement lorsque j’ai fait le long monologue juste avant le soin : « Mais Monsieur, votre femme vous aime … ».
Hors, pour qu’un patient verbalise son émotion, ses craintes, il est nécessaire que le professionnel de santé utilise un timbre de voix monotone, lent et des gestes apaisants pour ne pas le brusquer. De plus, l’utilisation de silences permet la réflexion du patient afin de mieux extérioriser ses pensées, son ressenti.

3.3. Posture professionnelle

Je n’ai pas pris conscience que Monsieur X. était en fin de vie. Je suis resté muet lorsque j’ai appris son décès. Cet événement m’a mis en difficulté après coup.
Ma posture professionnelle était-elle une forme de protection personnelle, de fuite concernant le sujet de la fin de vie ? Avais-je besoin de me rassurer ?
J’observais physiquement que ce patient était de plus en plus faible néanmoins, j’étais convaincu au fond de moi que ce n’était que passager, qu’il allait rebondir. C’est pourquoi j’ai adopté tout au long de ma prise en charge le même comportement. D’après les attitudes de Porter, j’ai employé trois attitudes :

  • L’attitude de support quand je disais : « … pensez à votre femme, vous les aimez … ».
    Cette posture joue sur les émotions et les sentiments et déprécie le problème.
  • L’attitude d’interprétation car je croyais que Monsieur X. profitait des soins de confort en étant volontairement passif.
    Cette posture cherche la cause, veut découvrir des indicateurs hors en réalité, le professionnel ordonne son jugement et oriente sa prise en charge et son comportement.
  • L’attitude de décision car j’étais directif comme lorsque je disais : « … vous devez vous battre … ».
    Cette posture solde et se débarrasse du problème du patient en y apportant une réponse basée uniquement sur les valeurs et les normes du professionnel de santé. Cette attitude peut induire une sensation d’infantilisation.

Ces divers comportements ne sont pas facteurs d’une communication pertinente et positive avec un patient. Ils n’encouragent pas l’expression de la personne. Mais concrètement, lorsqu’il me faisait part de son ressenti : « … j’en ai marre … », attendait-il de ma part une stimulation ? Avait-il uniquement besoin d’une oreille attentive afin d’exprimer ses émotions ?
Échanger avec une personne en fin de vie implique une écoute active de la part du soignant afin de faciliter la parole. Toujours faisant référence à Porter, seul l’attitude de compréhension aide l’expression du patient. Mais cela implique de l’empathie et de l’authenticité. L’empathie selon Carl Rogers : l’idée est de concevoir l’environnement de l’usager de la santé comme s’il était le notre mais sans écarter la notion de comme si.

Conclusion

Assister et soutenir un patient en fin de vie, revient à contribuer en qualité de professionnel de santé avec, attention dans l’observation du soin, écoute et réconfort. Il ne faut pas commander (pas de discours moralisants), avoir une posture d’écoute active (se centrer et se concentrer sur les propos de la personne) et mettre en place une distance professionnelle correcte (entre fuite et engagement).
Pour conclure, ma prise de recul sur la situation relationnelle avec Monsieur X. complétée par l’apport théorique, m’ont permis d’être éclairé sur l’accompagnement d’une personne en fin de vie.
En qualité de futur professionnel, ma communication sera désormais adaptée. J’utiliserai diverses techniques de langage verbal comme la reformulation, le reflet de l’émotion perçue tout en utilisant des questions ouvertes. De plus, mon accompagnement non verbal sera accès sur le respect de la proxémie intime du soignée, dans l’utilisation d’un ton de voix apaisant et de respecter les silences. Enfin, j’adopterai une attitude de compréhension. Tout cela dans une seule optique : l’intérêt du patient.
Ces outils amèneront un climat facilitateur pour la communication soignant / soignée. Parce qu’à travers ces procédés, le patient aura le sentiment d’être écouté, compris, respecté dans sa dignité humaine où la discussion est centrée sur lui.

Mais pour comprendre les autres et être authentique, ne doit-on pas se connaître soi-même ? Ne doit-on pas être en mesure de répondre à cette deuxième question : Pourquoi cette situation relationnelle a provoqué chez moi un mécanisme de défense ? Peut-on répondre à ces questions en s’appuyant uniquement sur les connaissances théoriques ainsi qu’à travers l’expérience professionnelle ?

L’authenticité empathique
de la part du professionnel de santé,
s’arrête à la raison du Nouvel Ordre Mondial

Article publié le, 25/10/2016

Sources

http://www.aide-soignant.com/article/ressources/actualites/as/marie-pierre-une-aide-soignante-en-devenir

https://psysomarel.ylegoff.com/glossaire/divers/relation-aide-soignante/

https://www.cairn.info/revue-recherche-en-soins-infirmiers-2009-3-page-28.htm

http://www.ecole-rockefeller.com/campus-numerique/inf3/cours/ue42/les-6-attitudes-dans-la-communication-inf3-22-08-2012.pdf

Tagués avec :

Laisser un commentaire